BVC: Le nouveau compartiment serait-il suffisant pour dynamiser le marché ?

Casablanca – La création d’un nouveau compartiment “Principal F” au sein de la Bourse de Casablanca, annoncée le 16 novembre 2020, constitue une avancée de taille pour ouvrir davantage le marché boursier marocain. Toutefois, est-ce que ce compartiment serait-il suffisant pour dynamiser ce marché ?

Certes salutaire, mais cette initiative, à elle seule, demeure “insuffisante” pour insuffler une nouvelle dynamique à la Bourse de Casablanca. D’ailleurs, c’est ce qu’affirme les experts et professionnels contactés par la MAP, qui préconisent une approche plus globale et structurelle en un package afin d’avoir l’impact recherché.

Ce nouveau compartiment, rappelons-le, est destiné aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui ne peuvent ni satisfaire aux critères d’admission des compartiments du marché principal A et B, ni être considérées comme des petites et moyennes entreprises (PME) éligibles au marché alternatif.

Pour un impact maximal de cette mesure, “il faudrait tout d’abord que les pouvoirs publics soutiennent davantage l’industrie du capital investissement au Maroc, puisque c’est elle qui met à niveau, en amont de l’introduction en bourse, l’entreprise marocaine tant sur le plan des business model, des fonds propres que de la gouvernance”, a recommandé Tarik Haddi, Président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC).

M. Haddi, qui a plaidé en faveur de l’aménagement des conditions d’introduction pour les PME et la startup à la Bourse de Casablanca, a souligné la nécessité de mettre en place des incitations fiscales pour encourager les ETI à s’introduire sur ce nouveau compartiment et de trouver une solution au coût de l’introduction en bourse, notamment les charges des banques d’affaires, surdimensionnées pour cette catégorie d’entreprise.

Le président de l’AMIC a, en outre, appelé à développer la gestion déléguée et permettre l’essor d’organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) “PME” et “startups” pour que les investissements sur ce nouvel compartiment ne soient pas trop couteux en terme de suivi et de gestion pour les investisseurs de toutes tailles.

De son côté, Najib Mikou, expert en prospective et études stratégiques, a indiqué que la bourse “ne jouera son rôle de force d’attraction de l’épargne nationale et de voie importante de financement de l’économie, auprès du système bancaire, avec des mesurettes, ni par des dispositions très éloignées dans le temps”, relevant que l’approche doit être volontariste, globale et structurelle en un package, pour avoir l’impact recherché.

“Notre place boursière peut aisément prendre la place qui doit être la sienne dans l’échiquier économique, si la réforme est globale et portée par une volonté politique avisée, réelle et déterminée. Ceci dit, il n’y a pas de réforme figée. La Bourse doit être à l’écoute de son marché, de son environnement national et international, pour actualiser au fur et à mesure son dispositif de rapport à l’économie et aux ambitions du pays”, a t-il soutenu.

S’agissant de ce nouveau compartiment, M. Mikou a indiqué que son impact est tributaire du comportement des actionnaires historiques des PME, ajoutant que les institutionnels doivent aussi jouer le jeu pour apporter de l’intérêt à ces PME. C’est ainsi que ce compartiment pourra être effectivement dynamique et donnera certainement “une petite piste d’espoir pour ce marché dormant, dans un pays qui dispose paradoxalement d’une épargne significative et d’une économie assoiffée de financement compétitif et moins contraignant”, a t-il dit.

Par ailleurs, le directeur exécutif de FL Markets, Farid Mezouar, a relevé que le timing de cette création semble répondre à deux constats. Le premier est relatif au fait que la dernière introduction en Bourse remonte au 18 décembre 2018 avec la cotation du groupe Mutandis. “Ainsi, avec un flottant de 14%, l’OPV d’Aradei tombe à pic pour inaugurer ce compartiment ce qui permet à la Bourse de Casablanca de limiter la disette des nouvelles recrues à deux années”, a t-il expliqué.

Le second constat, a poursuivi M. Mezouar, est relatif au programme Elite de la Bourse avec 94 entreprises labellisées au Maroc, notant, dans ce sens, que 4 ans après le lancement de cet ambitieux programme, aucune de ces entreprises, n’a franchi le pas de la cotation.

“Ce compartiment peut répondre aux exigences des foncières, grandes PME ou des petits groupes, selon les qualifications utilisées”, a-t-il estimé, faisant remarquer que la Bourse de Casablanca peut aussi admettre un pourcentage inférieur, après accord de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), en fonction de la capitalisation boursière de l’émetteur avec un minimum de 5% du capital social.

Et de préciser: “Le montant de l’opération ne peut être toutefois inférieur à 100 millions de dirhams (MDH), ce qui nous amène à une capitalisation boursière minimale de 1 milliard de dirhams (MMDH)”.

“Je pense que dans l’absolu, il faut saluer toute initiative qui peut stimuler la cotation de nouvelles entreprises. Pour les bons dossiers de financement, la Bourse est en concurrence avec l’émission obligataire ou le crédit bancaire ou le gré à gré. Aussi, même pour les cessions, la Bourse est souvent en concurrence avec des fonds de Private equity. Dans ce cadre, ce nouveau compartiment peut être un bon moyen pour séduire des entreprises Elite et débloquer le compteur des cotations à ce niveau”, a t-il conclu.

 

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