Fonds Mohammed VI pour l’investissement : quel rôle du capital investissement dans la relance ?

Quel le rôle pour le capital investissement dans la relance, notamment avec la mise en place du Fonds Mohammed VI pour l’investissement ? C’est la question que nous avons posée à Tarik Haddi à l’issue de la deuxième réunion du Comité du marché des capitaux, tenue dans la matinée de ce 13 janvier.

Présidé par le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration, et regroupant BAM, AMMC, ACAPS, banques, CDG, Bourse de Casablanca, Office des Changes, FMSAR et associations professionnelles du marché des capitaux (dont l’AMIC)… le Comité du Marché des capitaux a tenu sa deuxième réunion ce mercredi 13 janvier 2021 dans la matinée.

La 2ème réunion du CMC a été consacrée à la discussion des travaux des groupes de travail institués lors de la 1ère réunion du CMC, notamment au sujet du financement des TPME et des startups, la dette privée et la stratégie de développement du marché des capitaux.

Sur ce dernier point, contacté par nos soins, Tarik Haddi, le Président de l’AMIC, estime que le capital investissement est un levier incontournable pour au moins quatre raisons : « Les TPME et les startups ont surtout besoin d’un mix fonds propres/accompagnement, que seul peut apporter le capital-risque ; La dette privée ne peut se déployer que sur la base de structures financières équilibrées, et donc de fonds propres suffisants qu’apportent les fonds de capital investissement ; Les fonds de dette peuvent jouer un rôle moteur pour le développement de la dette privée ; et plus généralement, les fonds d’investissement participent au développement des marchés de capitaux par l’accompagnement des entreprises dans les stades précoces de leur développement, le fine-tuning de leur business model, la mise à niveau de la structure financière ainsi que de la gouvernance de ces entreprises, et ce en amont de leur accès au marché financier, qu’il soit bancaire ou financier ».

Valeur aujourd’hui, le capital investissement au Maroc ce sont 50 fonds d’investissement, qui, ont totalisé 21 milliards de DH levés (dont plus de la moitié provient des Institutions Financières Internationales de développement) et qui ont accompagné plus de 200 entreprises avec d’importants impacts.

D’ailleurs, Tarik Haddi révèle que les entreprises soutenues par le capital investissement ont mieux réagi à la crise liée à la COVID 19 que la moyenne nationale. En effet, si l’activité des entreprises marocaines a globalement chuté de 32%, celle des entreprises investies par le capital investissement n’a baissé que de 20%.

Et ce malgré les contraintes fiscales et règlementaires qui empêchent le plein essor du capital investissement au Maroc.

« En effet, avec un environnement règlementaire et fiscal plus compétitif, le capital investissement marocain aurait pu mobiliser davantage de fonds et accompagner un nombre d’entreprises et notamment de PME bien plus important », soutient le président de l’AMIC.

Il s’agit principalement de la TVA sur les charges de gestion des fonds, l’absence d’incitations en direction des Investisseurs pour favoriser l’investissement dans les fonds marocains, l’absence d’incitations fiscales pour les sociétés investies par les fonds d’investissement pour les inciter à recourir au capital investissement à l’image des incitations pour les introductions en bourse, la nécessaire réforme sur la loi des OPCC, l’absence des instruments de base en matière de droit des sociétés (BSA, stocks options et SAS adaptée notamment) et enfin il faut organiser d’urgence un accès simplifié et peu couteux au marché boursier pour les sorties des fonds (notamment pour les startups), soutient le président de l’AMIC.

La donne appelée à changer avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement ?

La mise en place du Fonds Mohamed VI pour l’Investissement est une excellente mesure qui permettra sans nul doute de dynamiser le capital investissement national, s’enthousiasme Tarik Haddi.

Dans ce cadre, l’AMIC a fait des propositions au Ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration.

Ainsi, l’AMIC recommande 2 approches : « Push » (à l’initiative des pouvoirs publics) : avec appel à manifestation d’Intérêt sur la base d’un cahier des charges ; Et « Pull » (à l’initiative de sociétés de gestion) : les OPCC existants ou en projet de constitution doivent pouvoir accéder au Fonds stratégique pour capitaliser sur l’expérience et les équipes existantes ;

Cette approche Pull vise ainsi la réduction des délais de mise en place, puisque les OPCC sont déjà constitués et l’entrée du fonds stratégique pourra se faire à travers une simple adhésion au pacte existant. Elle permettra aussi un déploiement plus rapide puisque les OPCC existants ou en projet avancé ont déjà un deal flow identifié ou une perspective de meilleure valorisation des portefeuilles sous gestion ;

Aussi, toujours selon Tarik Haddi, l’AMIC suggère de standardiser les règlements de gestion des OPCC qui seront créés à l’initiative du Fonds stratégique ainsi que les méthodes d’évaluation des sociétés cibles de l’OPCC et les principales clauses des contrats d’investissement (ajustement de prix, liquidité, gouvernance, objectifs d’impacts sociaux économiques, modèles de reporting …).

Par ailleurs, la révision rapide du cadre OPCC pour permettre à toutes les équipes de gestion de l’intégrer progressivement. Il est également recommandé que le Fonds doive fonctionner comme un guichet ouvert sur 3 ans avec un programme d’investissement pluriannuel.

Aussi, pour attirer les investisseurs privés dans les OPCC investis par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, certaines mesures s’imposent notamment un rendement différencié (à l’image d’Innov Invest), une garantie fonds propres proposés éventuellement par la CCG (à l’instar de Innov Invest) et un crédit d’impôt investisseur.

L’attractivité passe également par un assouplissement des règles prudentielles des assurances et des organismes de prévoyance et la réduction du coût de fonctionnement en remboursant la TVA sur les frais de gestion des fonds qui ne peut être récupérée compte tenu de la structure des revenus des OPCC.

Le président de l’AMIC, Tarik Haddi, propose la création d’un continuum du financement en fonds propres de l’entreprise marocaine pour l’accompagner durant son évolution (de la startup à la PME à l’ETI jusqu’à la GE) : de l’amorçage-risque, à la transmission / restructuration / consolidation en passant le développement. En ciblant bien évidemment les secteurs prioritaires et d’avenir et en co-investissement avec les Investisseurs étrangers (IDE) qui souhaitent s’implanter industriellement au Maroc (avec un accompagnement financier mais aussi technique).

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