Grandes lignes de l’intervention de Tarik HADDI à INNOV INVEST DAY:

PLENIERE « ACCELERER LA CROISSANCE DES STARTUPS PAR DES LEVEES DE FONDS »

LES DIFFERENTS MODES DE LEVEE DE FONDS :

Love money :

Pour le financement du tout début de la vie d’une entreprise, c’est à dire la première phase de R&D de l’idée, l’entrepreneur se tourne d’abord vers ses proches. C’est ce qu’on appelle le love money.

Aides  de l’écosystème :

Lorsque l’idée devient concrète, il faut s’insérer dans l‘écosystème pour :
• réaliser son prototype,
• préciser le business model
• et créer sa société :
Recommandation :  Quand vous avez une idée d’abord vous agissez et c’est seulement lorsque votre première facture est payée que vous pouvez élaborer un business plan.
L’écosystème marocain s’est fortement enrichi ces dernières années par de nombreux acteurs d’accompagnement (clusters, incubateurs, accélérateurs, réseaux de mentors, techno park…) très professionnels, avec une courbe d’apprentissage intéressante.
CCG FINANCE, dans le cadre de son appui structurant à l’écosystème, a labellisé 6 acteurs (Réseau Entreprendre Maroc, Cluster Solaire, Startup Maroc, R&D Maroc, APP Editor, Impact Lab).
Elle va leur apporter une assistance technique et leur permettre de distribuer les aides Innov Idea pour le développement de l’idée et Innov Start pour la création de l’entreprise commerciale: CCG FINANCE compte labelliser 4 à 6 autres acteurs.

Business angels (BA)

Lorsque le prototype a été élaboré avec l’appui d’un ou plusieurs acteurs de l’écosystème, le financement idéal à ce moment de la vie de l’entreprise, c’est le business angel qui va apporter un financement et des conseils importants pour la création de l’entreprise et la première mise sur le marché.
Il s’agit en effet d’entrepreneurs ou d’anciens entrepreneurs et leurs expériences et contacts en matière de stratégie, d’organisation, de management, de marketing, de droit des affaires ou de finance vont compter au moins autant que leur argent dans cette phase.
Le BA va crédibiliser le projet aux yeux des fonds d’investissement.

Private equity

Après, la création de l’entreprise et la mise sur le marché, l’étape suivante consistera à lever des fonds auprès de fonds de capital amorçage telles que AZUR INNOVATION.
Le capital amorçage consiste en une prise de participation au capital dans la société créée par le promoteur pour financer le démarrage de son activité de production et de commercialisation.
Cet investissement est réalisé sur la base :
1. d’une valorisation d’entrée convenue d’un commun accord
2. Pour une durée prédéterminée (4 à 6 ans selon la maturité du projet)
3. Avec des mécanismes de sortie clairement identifiés
4. Et des procédures de suivi et de contrôle formalisées (contrairement aux BA qui investissent leur propre argent et assurent un accompagnement opérationnel)

Crowdfunding

Des financements alternatifs comme le crowdfunding existent. Le crowdfunding est un financement collaboratif à travers une plateforme dédiée. Il nécessite un cadre réglementaire qui est en cours de structuration au Maroc (le projet de loi est actuellement au niveau de Secrétariat Général du Gouvernement). Des opérateurs se sont installés au Maroc mais attendent le cadre règlementaire.
Ailleurs, La blockchain pourrait un jour se tailler la part du lion dans le financement de la start-up, transformant considérablement le capital-risque. La blockchaine est définie comme une technologie de stockage et de transmission de l’information, sans organe central de contrôle, ce qui renforce la sécurité de l’ensemble du système, car c’est toute la communauté d’utilisateurs qui contrôle et garde une trace de chaque transaction. Cette technologie, encore balbutiante, permet le transfert d’actifs et l’échange de valeur en toute transparence et sans intermédiaire subjectif.

CE QU’APPORTE LE CAPITAL INVESTISSEMENT A L’ACCELERATION DE LA STARTUP :

Le financement à un stade de la vie de l’entreprise où les autres sources de financement de l’entreprise (fonds de développement, banque ou marchés financiers) ne sont pas encore disponibles, compte tenu de la maturité du projet.

C’est un financement en fonds propres :
1. qui permet à la société de réaliser ses investissements avec du capital à long terme (structure financière équilibrée) ;
2. Le risque est partagé avec le promoteur, ce qui assure un meilleur alignement des intérêts.

Le fonds d’amorçage apporte des méthodes et des process créateurs de valeur :
1. Il apporte ses méthodes et process de monitoring ;
2. sa culture du reporting ;
3. sa rigueur dans la gestion des ressources et des actifs, qui permettent d’optimiser la gestion de l’entreprise ;
4. ses règles ESG créateur de valeur au sein des participations: respect des lois sur l’environnement, emprunte carbone, santé et sécurité des personnes (clients, personnel…), droits fondamentaux du consommateur, de la concurrence et du travail, civisme économique (0 corruption, 0 noir, paiements par chèque, respect des lois dans le texte et dans les principes…) ;
5. ses capacités de Relations Publiques.

Le fonds d’amorçage participe et améliore la gouvernance de l’entreprise :
1. Il rompt l’isolement du promoteur ;
2. Il apporte son recul qui lui permet de challenger les orientations stratégiques ;
3. son expérience de nombreux business models (ceux qui ont marché et surtout ceux qui ont  échoué) ;
4. son expertise financière diversifiée : ingénierie, financements, gestion du BFR…

Sa présence, à travers l’amélioration de la gouvernance et des fonds propres de la société, améliore les conditions d’accès aux financements classiques capital développement, financements bancaires et marché financier.

LES ETAPES CLES D’UNE LEVEE DE FONDS :

Ça va de la preuve de concept et de l’élaboration du BP, jusqu’au closing juridique en passant par le road show.

Pour ma part, 4 étapes clés doivent faire l’objet d’une attention particulière :

  1. Constituer une équipe : la créativité peut être l’affaire d’un esprit brillant mais la mise en œuvre est l’affaire d’un groupe, d’une équipe ;
  2.   Nouer les bons partenariats : le bon incubateur, le bon BA, la bonne équipe de gestion de fonds d’amorçage, les partenariats de commercialisation… et souvent c’est une question d’affinité ;
  3.   Construire un véritable avantage compétitif : la clé pour un entrepreneur, c’est d’avoir un avantage concurrentiel maximal (être sollicité pour sa spécificité) et son nouveau modèle d’entreprise doit toujours bénéficier d’une marge absolue ;
  4.   Elaborer une vision précise du développement commercial au Maroc et à l’international : Scal-up

LES FACTEURS CLES DE SUCCES :

Qualités intrinsèques et notamment des compétences sociales et comportementales,
Agilité pour s’adapter rapidement à la réalité du marché et même de pivoter si besoin : rapports plus horizontaux dans lesquels les compétences spécifiques de l’individu priment sur sa position dans l’organigramme.
Méthodes rigoureuses de monitoring : KPI (indicateurs clés de performance), culture du reporting, …
Valeurs :
1. frugalité : faire dans le lean Start up (réduction des coûts, productivité, ne pas s’encombrer de l’inutile…) pour préserver le capital financier
2. Sens de l’intérêt général : la technologie n’a de sens que si elle a une  utilité, un sens profond et collectif pour faire progresser la société
Le business model :  Cohérent (entre le marché, la concurrence, la stratégie commerciale, la stratégie industrielle, la stratégie financière, les moyens requis, …), faisable et exhaustif
Présenter une vraie stratégie de sortie pour le Fonds
Alignement des intérêts entre partenaires (share holders) : pour créer de la valeur à long terme, il faut créer de la valeur pour toutes les parties prenantes (share holders): salariés, actionnaires, clients, environnement (modèle de la profitabilité intégrale)
Climat de confiance, de transparence, d’écoute et de respect mutuel

LES ERREURS A EVITER :

Se tromper d’objectifs
1. L’objectif ce n’est pas de lever des fonds, mais de répondre à un besoin de manière rentable : la levée n’est pas une fin mais un moyen
2. Créer une start-up ça ne doit pas être un égotrip, mais une aventure industrielle
Privilégier la technologie :
1. L’innovation ce n’est pas que de la technologie ; la vraie innovation réside dans une conception novatrice du modèle d’entreprise ; c’est définir comment la technologie va nous permettre de monétiser un marché et comment nous allons combiner nos ressources pour rentabiliser le modèle
2. L’erreur corollaire, c’est de se tromper de couple produit/marché
Jouer solo :
1. Pour créer de la valeur à long terme, il faut créer de la valeur pour toutes les parties prenantes (share holders) :  salariés, actionnaires clients, environnement …
2. Pour pérenniser l’entreprise il faut installer une profitabilité globale

Voir le futur comme une continuité du présent : nous sommes dans une ère d’innovation permanente et le présent est appelé à être disrupté (changement des règles du jeu)

Survaloriser son entreprise (et briser l’alignement des intérêts)

S’entêter :

Persévérer c’est bien mais s’entêter c’est dangereux: Une startup qui marche c’est une startup qui a pivoté 3 fois en moyenne et vite c’est pour ça que je préfère la résilience à la persévérance

CONCLUSION :

Le nouveau modèle économique marocain devra reposer sur l’innovation à tous les niveaux ; c’est la clé pour casser les anciennes rentes, débrider les énergies, améliorer la compétitivité de notre économie et créer des emplois dans les métiers d’avenir.

Il faudra aussi une courbe d’expérience de la place pour que d’anciens startupeurs à succès accompagnent les nouveaux.

A ce titre je remercie la belle implication de Ilan Benhaim à l’Innov Invest Day.

 

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